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Un Thiéfaine, quel alcool? Ou le calendrier de l' »après »!!

Amis mongols, salutations; et je souhaite que l’année à venir soit pour vous entière; je ne vous la souhaite pas bonne, car au niveau promesses non-tenues, le gouvernement tient la tête. Donc je souhaite que je ne sais quel dieu vous prête vie jusqu’au prochain 1er janvier, c’est déjà pas mal.

En réponse à mon cher confrère, et pour appuyer sur notre admiration commune pour le poète jurassien, je vous suggère ici une playlist de titre d’Hubert-Félix Thiéfaine, chacun se voyant accompagné d’un alcool à consommer durant l’écoute. Bonne dégustation.


 

-Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir.

1) Première descente aux enfers par la face nord.

Cette intro énoncée en latin sent le vin de messe, un petit blanc qui passe bien, mais qui vous emmène dans les tréfonds de votre âme si le calice est trop souvent ramené au mâle. Pour moi, ce sera un Bourgogne Aligoté, sans prétention, pas besoin de plus pour écouter ce titre désabusé.


 

-Autorisation de délirer.

2) Rock-autopsie.

Pour suivre ce joyeux constat de l’aseptisation du rock’n’roll, pareil à Lou Reed qui coupe à l’eau son LSD, laissez moi vous servir un Shivas Regal 12 ans d’âge, on the rocks, un putain de sky, mais noyé sous une tonne de glaçons, histoire de dire qu’on un truc de rocker, la force de l’alcool tuée par la froidure, et les arômes dilués par les cubes de glaces.


-De l’amour, de l’art ou du cochon?

3) Scorbut.

On a tous connu nombre d’écumeurs de bals, à la recherche de filles rurales en mal de tendresse bestiale et furtive. Pour cette chanson, je vous suggère une vodka bien frappée. Alcool de dragueur par excellence, elle ne laisse pas l’haleine de poney que donnerait les ballons de gros rouges, et peu s’accompagner de plein de jus de fruits différents, dont les belles susnommées sont souvent friandes. Et si on pousse le vice jusqu’à boire une Mekeller qui tape dans les 66,6°, ceci peut rendre taré au point de commettre des actes inavouables, du style, enculer un chien.


-Dernières balises avant mutation.

4) 113ème cigarette sans dormir.

Peu de commentaires à ajouter sur ce titre. Ca tire sur tout ce qui bouge, ça sent la haine, le paradoxe, dans ce cas, une bière forte, Leffe Triple, à température ambiante, sans verre. Pas de fioriture, boire vite pour pouvoir rire à s’en faire crever.


-Soleil cherche futur.

5) Solexine et ganja.

Un carburant suranné, une plante tropicale, on sent qu’on va aller loin. Bilan de diverses bitures, ce titre me donne envie de boire du rhum. Bologne et citron vert, ça se boit comme du petit lait, et ça fait pas mal à la tête.


-Nyctalopus Airlines.

6) Un vendredi 13 à 5 heures.

Que boire un vendredi 13 à 5 heures? Une boisson de fin de semaine, un truc qui termine 5 jours de taf et qui nous mettrait un dernier coup de bambou avant d’attaquer le week-end. Un mescal, corrosif, presque arrache-moyeu, qui remet le facteur sur le vélo.


-Météo für nada.

7) Errer humanum est.

Décrivant la condition humaine, ce titre nous rappelle que le voyage reste le propre de l’homme, même s’il cherche bien souvent à se sédentariser.  Je vous dirige vers un vin qui se boit vite, et qui ne tabasse pas trop. Pinot noir d’Alsace, un vin qui va tellement avec tout, qu’il se boit avec rien.


-Eros übber alles.

8) Amants destroy.

L’étreinte haletante, débridée de deux êtres dans une voiture, on voit tous la scène. Il y a des effluves de road-movie, de nuit sans lendemain, de satin froissé…Une Clairette d’Adissan rosée, de fines bulles et du sucre, de quoi faire monter la température.


-Chroniques bluesymentales.

9) 542 lunes et 7 jours environs.

Chanson bilan, qu’on écouterait tard le soir, seul sur un balcon, après un bon repas. A écouter avec une bonne gnôle, une mirabelle de préférence. Ca rappelle la confiture, les échelles dans les arbres et les piqûres de guêpes, une métaphore de la vie, quoi.


-Fragments d’hébétude.

10) Encore un petit café.

On a tous de vrais potes qui nous payent encore un petit café, ces soirs où tout fout le camp. Et moi, mes vrais potes, je les arrose à l’eau de vie de gentiane, c’est âpre et repoussant, mais c’est terriblement bon, comme une relation amoureuse.


-La tentation du bonheur.

11) Psychopompes/métempsychoses & sportswear.

Ils boivent quoi les mecs qui portent des chaussures de sports? Des breuvages softs, agréables, qui ne traînent ni en bouche, ni dans l’organisme, une petite Manzana?


-Le bonheur de la tentation.

12) 27ème heure: suite faunesque.

Ce titre a du choquer nombre de grenouilles de bénitier, à entendre des mots comme « pute » et « chapelle » dans le même ver, beaucoup on du imaginer HFT brûlant dans les flammes de l’enfer. Tout est dit dans ce pavé lyrique et musical de 9 minutes. Assez de temps pour se jeter quelques shooters de Johnnie Walker, le noir.


 

-Défloration 13.

13) Parano-safari en ego-trip-transit (ou comment plumer son ange-gardien).

Les relents de déchéance, d’autodestruction, de limites qui reculent présents dans cette chanson m’évoquent une boisson qui fait mal, qui détruit physiquement, annihile toute forme de pensée, patron, un Ricard!


-Scandale mélancolique.

14) When Maurice meets Alice.

Comme toutes les chansons de tous les artistes qui évoquent leur enfance, celle-ci nous replonge dans notre enfance à nous. Et une partie de mon enfance, comme celle d’Hubert, se situe dans le Jura. Je vous propose, un Jura blanc, Savagnin, 1996.


-Amicalement blues.

15) Spécial ado SMS blues.

On en revient à la jeunesse, Desperados pour tout le monde, les jeunes n’osent plus boire de vrais trucs.


-Suppléments de mensonges.

16) Petit matin 4.10 heure d’été.

Ayant souvent ressenti ce sentiment de ras-le-bol et d’envie de fin, ce titre m’a particulièrement touché. Le whisky-sour évoqué s’impose de lui-même, bien tassé. Laissez moi remplacer le whisky par du bourbon, sensations garanties.


-Stratégie de l’inespoir.

17) Stratégie de l’inespoir.

« L’inespoir, c’est pas le désespoir, c’est l’absence d’espoir, c’est une sorte de lucidité. » (HFT). Dans ce cas, je ne vous propose rien, ou si, n’importe quel alcool de base. Un truc bon, sans être exceptionnel. Le genre de verre qui passe partout, qui ne réjouit personne, mais qui fait semblant de faire le boulot. Qu’on parle de Côte du Rhône, de Label 5, de Smirnoff, de 1664, il y aura toujours ces tanks commerciaux quand le petit artisan se sera flingué en laissant nos verres vides. Lucidité qu’il disait…



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HOMMAGE AU PARRAIN VIRTUEL : HFT le véritable !

CECI EST UN SIMPLE HOMMAGE, un appel à chacun à se responsabiliser sur sa consommation de musique également, comme avec toute drogue de ce style..! La grande idée c’est d’aller vivre la musique en concerts !!!
L’artiste jurassien aux 17 albums studio méritait bien un hommage sur le média qui tire son nom d’une de ses productions.
18 titres coups de cœur sont à réentendre ici, 17 issus d’albums studio et une reprise télévisée.

Hubert-Félix Thiéfaine possède donc une œuvre des plus complètes, depuis 1978, l’homme change et demeure un stakhanoviste du verbe musical. Si 2012 l’a vu couronné de deux Victoires de la Musique en France, bien tardivement d’ailleurs, celui qui n’a jamais refoulé les médias (plus souvent banni) a rendu hommage à ses hommes-passions (Friedrich Nietzsche, Gustav Mahler, entre autres, parlant de la fin du XIXème siècle, des contemporains de la création de son label qui lui a toujours fait confiance, sa fierté d’y figurer : Sony Music, ancien COLUMBIA.) A noter, après ce discours consacré à sa victoire du meilleur album, sa victoire de l’interprète masculin de l’année fut dédiée à son proche encadrement de toujours [François Pinard & Francine Nicolas = Loreleï Production] et surtout à son public, non sans émotion, sachant ce qu’il lui doit et son étendue inter-générationnelle !

Il n’empêche que l’artiste est très attaché aux revenus d’un artiste et au travail d’une maison de disque. Il est donc délicat de proposer ici sur internet une « playlist » reconnue de sa carrière, puisque victime des vocations et passions qu’il suscite, le voila partout « piraté », publié, reconnu, et surtout par les fans anonymes rivalisant parfois de clips non-officiels.
Nos amis de Unfamous Radiostenza le diffusent à raison de deux titres lives par jour actuellement, et une radio lui est consacrée sur Radionomy….
L’équilibre entre les forces qui suivent l’homme et la production de celui-ci est donc difficile, même s’il est à la mesure de l’œuvre du poète.

Bref, commençons ce simple hommage de manière chronologique:

Récompenses

  • 1996 : prix de l’académie Charles-Cros
  • 2011 : Grand prix de la chanson française de la SACEM 4
  • 2012 : Victoire de la musique de l’album de chansons
  • 2012 : Victoire de la musique de l’artiste interprète masculin de l’année

Bibliographie

  • 1988 : Hubert-Félix Thiéfaine, de Pascale Bigot et Hubert-Félix Thiéfaine, Seghers (ISBN 2-232-10109-6)
  • 2005 : Hubert-Félix Thiéfaine : Jours d’orage, de Jean Théfaine, Éditions Fayard-Chorus (ISBN 978-2-213-62715-1). Édition revue et augmentée en février 2011 (ISBN 978-2-213-66143-8).
  • 2007 : Les chansons illustrées de Thiéfaine, de Christophe Arleston, Mathieu Lauffray, Nicolas Keramidas, Cromwell, Serge Pellé, Christophe Alliel, O.G. Boiscommun, Turf, Frédéric Bézian,Alessandro Barbucci, Laurent Colonnier, Riad Sattouf, Algésiras, Denis Bajram, Olivier Berlion… , Éditions Soleil (ISBN 978-2-84946-716-9)
  • 2009 : Entre 3 grammes et 5 heures du matin… Hubert-Félix Thiéfaine, de Jean-Charles Chapuzet, Éditions Presses Du Belvédère (ISBN 2-88419-157-7)

Documentaire

  • 2005 : « Sur les traces d’Hubert-Félix Thiéfaine », de François Bombard France 3 Bourgogne
  • 2012 : « Galaxie Thiéfaine : Supplément d’Âme », de Dominique Debaralle et Michel Buzon France 3 Franche-Comté
  • Il existe un documentaire consacré à Arthur Rimbaud en vidéo dans lequel HFT participe aux côtés de Patty Smith notamment… [Voyage en Rimbaldie]

 

 

Enfin terminons notre hommage mongol avec ceci qui nous touche très particulièrement…:

MERCI HFT !

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La guerre selon Dantec, hommage à l’homme de 1999, déception 2014!

gruemedia

Il fut une époque, une quinzaine d’année, où Maurice G. Dantec était chercheur lucide, provocateur, mais fondé sur son travail et sa prise de drogues. Hors cette hygiène de vie a laissé des traces irréversibles, et après quelques fulgurances, Dantec est mort en soi, vive Dantec! C’est un hommage à l’homme, le cerveau fou, de 1999 que je souhaite rendre ici, l’année où il s’installa à Montréal et où je le rencontrais à Besançon … Avant ses dérapages pro-atlantistes et anti-arabes. [En 1999, sortait « Babylon Babies » son troisième roman, gaché au cinéma par Mathieu Kassowitz et Vin Diesel avec « Babylon AD » ; j’achetais « La sirène rouge » son premier roman de 1993 avec sa dédicace « Bienvenue sur l’autoroute des ténèbres » adjointe d’une étoile de David.

dantec99

 Cette fois nous y sommes aux ténèbres tant redoutées.]


Rabelais, que pourtant ne nous pouvons tacler dans son héritage, écrit « le rire est le propre de l’homme » en 1574.

« Mieulx est de ris que de larmes escripre,
Pour ce que rire est le propre de l’homme. »

— Rabelais, Gargantua

Maurice G.  Dantec infirme que c’est bien plus « la guerre le propre de l’homme », dans son « Le théâtre des opérations (journal métaphysique et polémique 1999) » [GALLIMARD], passant en revue les conflits de l’année mentionnée, et de l’histoire de l’humanité. Très bon ouvrage, très ambitieux, s’attaquer à l’historique de la guerre dans le monde et prouver que l’homme y touche à son fondement, Dantec n’a cessé de produire des perles de romans de fiction d’anticipation : « Les Racines du mal » (1995 ; Gallimard), « Villa Vortex » (2003 ; Gallimard), « Cosmos Incorporated » (2005 ; Albin Michel), « Grande Jonction » (2006 ; Albin Michel), et le bluffant « Artefact : Machines à écrire 1.0″ (2007 ; Albin Michel)… Malheureusement, il a pris cher dans son crâne en ébullition semble-t-il, mais je me promets de lire les nouveautés si je tombe dessus, malgré sa dernière apparition pitoyable. Faut-il accuser son ex-agent, monsieur David Kersan, de l’avoir traité comme un enfant-esclave tel un footballeur africain en Europe….?????????????????? Moi j’ose ! Quel gâchis !

 

 


EXTRAITS « Le théâtre des opérations »:

Comme les Anglais et les Américains, les Français et les Québécois forment deux peuples séparés par la même langue.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 15

Le problème du fascisme : comment faire des génies avec des idiots. Le problème du communisme : comment faire des idiots avec des génies.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 30

Ce que je partage peut-être de plus profond avec Houellebecq : comprendre la littérature comme un programme de survie.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 49

Une connaissance sans danger est comme une éducation sans douleur. Elle ne vous apprend rien.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 55

Une amitié se mesure surtout à celles qu’elle rend superflues.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 69

Le style ne doit faire qu’un avec l’idée, comme le sabre avec la main.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 76

Il n’existe pas de loi qui soit cool.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 128

Les certitudes sont les ennemies de la vérité.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 159

L’érotisme, c’est la mort mise en laisse par la vie.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 159

La vérité est un couteau à double tranchant, et sans manche.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 181

L’architecture, cette musique de l’espace qui commerce avec le temps.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 183

Ces « philosophes »… qui ne font trembler personne !

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 211

Ma version préférée de Singin’ In The Rain : celle d’Orange Mécanique.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 213

Le capitalisme est le système d’exploitation dont l’homme est l’ordinateur.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 223

Il y a deux manières de combattre la liberté de pensée: sa suppression pure et simple et le droit donné aux abrutis de la recouvrir de leur bavardages.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 295

Naître et ne pas être, telle est notre condition.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 312

Comme le savait Baudelaire, le génie, c’est l’invention du cliché.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 376

2001 et Apocalypse Now : l’Odyssée et l’Illiade de l’Amérique moderne.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 379

Que l’on comprenne bien ceci : je ne reconnais presque rien de mes œuvres précédentes.
Mais c’est parce que chaque œuvre s’est efforcée de détruire celle qui l’avait précédée.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 425

Il existe deux catégories de bons élèves: les premiers de la classe qui suivent les directives éducationnelles du système, et obtiennent les gratifications en retour. Et les premiers de la classe qui sont au-delà de toute classification, qui ont une, deux, trois, sept classes d’avance, et qui finissent par rejoindre les cancres dans la procédure d’éjection hors du système, à un moment ou à un autre.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 437

Ces pédagogues qui affirment que l’instruction des connaissances suffit à faire un homme intelligent, et qui claironnent que l’intelligence suffit à faire un homme cultivé, alors que la plus haute culture ne suffit même pas à faire un homme éveillé !

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 437

Ces mêmes pédagogues qui prétendent que l’expression de soi est un justificatif suffisant à l’élaboration d’une oeuvre d’art, ou d’un quelconque discours vaguement apparenté comme tel alors qu’une oeuvre d’art n’est un tant soit peu pertinente qu’à la condition de détruire le moi de l’auteur, et si possible celui de ses lecteurs, auditeurs ou spectateurs !

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 440

Qu’est-ce qu’une authentique liberté ? C’est le moment où une vérité concernant l’état général de votre condition vous éclaire, à tel point qu’une distance critique s’effectue entre vous et le monde d’avant, que vous êtes en mesure de déployer vos ailes et d’acquérir un peu de mobilité, un peu d’autonomie en regard de la foule des combinats sociaux, puis très vite, vous voilà face à la vérité dénudée dans toute sa cruelle lumière: cette liberté s’anime sur un jeu de contraintes supérieures, celles du monde d’après, auquel il vous faudra vous adapter (y compris en luttant de toutes vos forces contre lui).

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 442

Positivisme, nationalisme, racialisme, socialisme, communisme, anarchisme, toutes ces idéologies hégéliennes (ou para-hégéliennes) de l’État, ou du non-État du progrès et de la technique, ou de l’un ou l’autre de ses nombreux avatars, ont littéralement détruit toute la philosophie occidentale, ont anéanti tout au-delà de l’homme, et donc sa seule identité possible : son devenir, pour le jeter dans l’au-delà de l’État et de la technique […].

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 489

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Lorsque l’homme se libère de la gravitation terrestre, c’est pour subir les contraintes de l’apesanteur.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 442

Écrire, c’est parfois la seule façon possible de garder le silence.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 453

Lorsqu’une idée règne, elle se trompe ; lorsqu’elle gouverne, de plus, elle ment.

  • Le Théâtre des opérations (1999), Maurice G. Dantec, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002, p. 506


     

 

Le monde est moderne, il change, on ne parle pas de la femme dans ces citations, pourtant la femme est réputée pour prendre le pouvoir dans ce monde qui l’a maltraité par le passé, réputée aussi pour sa recherche de sécurité, mais à cette époque de « castration ( ?) » du mâle, de la masculinisation de la femme, on ne saurait trop dire où « collectivement » nous allons… ?

 

 

Car si l’on jette un œil en arrière, en antiquité, au néolithique ou à l’âge de fer, comme en 14-18, c’est que l’homme aime à se fouttre sur la gueule, toujours, avec son voisin, à l’instar des guerres entre français et anglais au moyen-age… ou encore des conflits entre japonais-coréens, entre chinois-japonais et diverses variantes voisines.

 

Ceci étant posé et écrit, la grande réflexion sur « la guerre ontologique » est proposée par notre reporter Morgan Richard en lien sur notre média.

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Nordeste, musiques pop, langages : corps, consommation et poésie ! (Par Morgan RICHARD)

De notre envoyé spécial au Brésil, Morgan Richard

Piégé dans une énième soirée, où je me demande, pour la énième fois, qu’est-ce que je peux bien foutre ici… ? Sourires forcés et démonstrations de sensualité stéréotypée, à l’américaine, le tout sous les pulsations d’une musique tapageuse, musique sérielle de la radio, chanson unique du conformisme pop dont la vie ne dure qu’une saison, le temps d’une collection de fringues vulgaires et hors de prix, mais qui en même temps dure depuis toujours, vit de la vie éternelle du spectacle, incarnée par différentes chanteuses cocaïnées qui seront oubliées dans un an, puis remplacées par d’autres, sacrifiées sur l’autel de l’insipidité audiovisuelle.


Dans le bus de retour, trois ou quatre fêtards rentraient aussi chez eux, chantants des chansons populaires coco, musique traditionnelle du Nordeste brésilien ; pour tout instrument, ils avaient leurs mains, qui battaient la cadence et remplaçaient le tremblement des percussions. J’ai été pris d’une intense joie. La musique du peuple, le son de la rue et des gens, celui qui appartient à tous et une musique qui ne demande rien d’autre que de savoir taper des mains. Pas de boites hypes et d’habits chers. Pas de starlettes sur maquillées ni de la lumière bleue d’un écran d’ordinateur, pour enregistrer, quantifier, calibrer, faire que rien ne sature, que tout soit propre et conforme. Seulement un pauvre bus, perdu dans la nuit et le long des routes cabossées de Recife, parmi les rares lampadaires, et puis le rythme des mains, lancinant, et cette fille, rayonnante de la beauté de ce qui est en train de naitre en elle, qui chante de ses pleins poumons ces musiques de toujours.

Et de quoi parle le coco ? Qu’est ce qui se traduit, dans ce langage de frissons contre la peau et de pressions à l’estomac, lorsqu’on troque un bus de vendredi soir brésilien pour les nuits chaudes d’Olinda, les battements des mains pour le bruit fracassant des tambours? Cette musique, d’origine africaine, nous parle de chaînes et des cicatrices inter-générationnelles du fouet, nous parle de douleurs, et aussi d’espoir, du sourire infini du « we shall overcome », nous murmure des échos de révolutions et de poings serrés, mais aussi de lumières, de filles qui se déhanchent et d’amours sauvages et clandestins, dans les veines chaudes du Nordeste brésilien. C’est un aspect du blues universel, de ces chansons populaires des ruelles du monde entier, entre la crasse et l’extase, entre la mort et la lumière. Du noir américain ivre et édenté, au miaulement plein de larmes du violon tzigane de Roumanie, ou les valses de la commune, le feulement de l’accordéon, quelques minutes avant la violence de la répression et le martellement policier que l’on a toujours opposé à l’espoir et aux chansons. Et ces chansonnettes doucement murmurent, par ceux qui se souviennent et qui savent, dans quelques bus du vendredi soir, quelque part sur terre, ces chansonnettes qui réconfortent, font sourire et font pleurer, de ses murmures mélodiques qui chantent demain, et une guerre douce comme un pas de danse en pleine gueule.

Notre manière de consommer de l’art est essentiellement un choix politique. Il s’agit d’aller au naufrage d’une salle de cinéma, à rire d’une blague réactionnaire prononcée par le dernier acteur en vogue à Hollywood, oubliant notre solitude avec une poignée d’autre désespérés, ou de porter un peu de notre amour à la rencontre de l’obscurité, de brandir une petite flamme à la rencontre de l’altérité, avec une sincérité de schizophrène, de celle qui exclut l’artifice snob de l’univers culturel. Pensons au concept d’imédiatisme d’Hakim Bey. L’art périe dès qu’il est médiatisé, et plus le mode de médiatisation est puissant, plus il rend l’œuvre compréhensible uniquement en terme de dollars. L’air de guitare que mon colocataire joue au moment où j’écris est infiniment supérieur à n’importe quel CD, parce qu’il n’est destiné qu’a périr, il est là pour moi, pour les murs nus qui nous entourent, pour le bonheur de celui qui joue. C’est en cela qu’il faut respecter la musique populaire. Non pas en vertu de quelque traditionalisme camouflant une peur du futur. Mais ces airs de Roumanie, joués dans les rues de Montpellier par un rom de 7 ans avec son accordéon de quatre sous, cet air qui représente sa condition miséreuse de gamin livré à la rue et l’espoir d’un repas chaud et la fierté d’un héritage de douleur et d’espoir condensé en quelques notes, héritage qui l’élève des milliers de kilomètres au-dessus de la laideur des faubourgs, cette musique restera à jamais dans mes tripes. Et je la respecte d’autant plus que personne ne l’aime, que les passants qui l’écoutent sont incapables de l’entendre, de percevoir rien d’autre qu’un sale Rom avec un accordéon déglingué.

Il convient de se rappeler ce cri de Terrence Mc Kenna : « Culture is not your friend! ». La culture n’est pas votre amie. La culture est l’outil de propagande le plus puissant utilisé pour le compte de la réalité consensuelle. C’est elle qui vous fait baiser comme dans un film porno, vivre vos amourettes de la manière stupide et conformiste d’une série américaine, avec la peur au ventre de l’amour vrai, celui qui brule comme le soleil.
Dans « la théorie de la jeune fille », Tiquun a montré que le champ du corps, de la sexualité et de la séduction est totalement colonisé par les représentations symboliques d’une certaine culture, culture qui décuple ce que Foucault appelle « le dispositif de sexualité »: une injonction sociale à la pratique du sexe et à la parole sur le sexe, qui créé un objet qu’il prétend exister depuis toujours, la sexualité. Et cette injonction se cache, afin de faire passer sa parole pour celle d’un contre-pouvoir, lorsqu’il s’agit de la voix du bio pouvoir, de son travail de fourmi pour la disciplinisation des corps, jusque dans leurs sexes. Pour détruire la possibilité de l’expérience, de la potentialité d’une énergie révolutionnaire dans nos queues et nos chattes. Et ce que Tiquun  appelle la jeune fille, c’est cette personne, homme ou femme, qui pense déjà comme dans un magazine de Elle.

La culture n’est pas votre amie nous dit Mc Kenna. Il dit aussi que l’endroit où vous êtes actuellement, constitue le lieu le plus parfait pour le déroulement de vos actions, en lien avec vos désirs, vos envies, vos haines, vos amis etc… Le piège du spectacle, celui d’une certaine culture est de vous faire remplacer ce réseau a l’intérieur duquel peut s’inscrire les répercutions complexes que vous pourriez avoir sur le monde, par un univers médiatique ou les modèles deviennent des acteurs et des stars de la pop, les préoccupations d’une identification à des batailles politiques stériles entre deux partis qui font seulement semblant d’avoir une opinion différente du social.

Alors, renoncer a l’art? Dire que l’art n’est qu’un artifice par rapport à la vie? Je crois avec Deleuze que résister, c’est créer, et qu’inversement, créer, c’est résister : ce que toutes ces ‘créations’ vides de sens nous insufflent, c’est le pouvoir de la norme, à travers tant de chansons stupides et de romans à l’eau de rose. Ce sont des instruments du désir de faire comme tout le monde, d’avoir sa vie bien planifiée, et surtout la peur de la part de feu, la peur de l’expérience intérieure, de s’éloigner des rivages du connu, et de boycotter la réalité consensuelle. Et justement, l’art, celui qui compte, est toujours repoussement d’une limite. Peindre pour voir et faire voir plus. Pour déchainer sa puissance à travers tant de nouvelles couleurs. Ou écrire, comme Artaud, pour les analphabètes. Il ne s’agit pas de parler de sa petite vie et de ses petits problèmes. Il s’agit de pousser de toute ses forces contre le mur, et de passer au-delà, loin du triangle père-mère-castration et au sein des machines désirantes, l’art comme schyzo-analyse, comme entrée triomphale dans un monde où il n’est pas souhaitable de se prémunir du délire, où le délire, comme production sans cesse croissante et compromission irréversible avec le monde, est le graal recherché. C’est l’opposition que fait Deleuze entre fantasme individuel, fantasme qui s’identifie avec l’institution et d’élire l’institution comme immortelle, délire du devenir général ou du devenir cadre supérieur ou moyen, ou flic, ou bien même contrôleur de métro, et le fantasme collectif, le délire qui circule entre les foules et se branche sur le caractère périssable des institutions, se branche sur une guerre, une révolution, et le devenir infinie, le délire vertige du devenir, arbre, vent, race et continent.

Blanchot, dans son livre « de Kafka a Kafka », pose un homme malheureux, et qui désire écrire sur son malheur. Il ne suffit pas qu’il écrive « je suis malheureux ». En faisant ainsi, il est encore trop éloigné de lui-même et de son malheur pour que se passe la littérature. Il faut cette transposition étrange et inquiétante du « je » au « il », il faut écrire « il est malheureux » pour que naisse l’art et commence vraiment le malheur. La littérature est le passage libérateur du « je » au « il » : Deleuze de commenter que la ligne de fuite, la marche nomade et essentiellement expérimentale qui serpente entre les lignes tracées par les institutions et le spectacle, et une ligne où le sujet ne peut plus dire « je », où il est essentiellement « un il » qui s’accouple dans une union sacrée avec ce qu’il traverse et qui le traverse. L’art est ce pouvoir qui transforme « je » en un autre. Et ceci est le potentiel réellement révolutionnaire de toute création.

La poésie, à travers l’expérience sensorielle qui la catégorise, régénère l’univers de nos premières fois, et fait se dresser en nous un enfant éternel, seul capable de se laisser pénétrer en un sentiment quasi océanique par la force des éléments. La poésie, comme porte par excellence vers un monde que l’on habite et qui nous habite, comme aiguisage de notre perception et recueillement qui nous permet de ne pas simplement subir.

L’art comme langage est aussi ce qui peuple le monde. La poésie, comme saillie active de l’imagination dans le monde, permet pour Bachelard de prendre ce recul hors de l’agitation pour nous livrer à la contemplation de l’eau qui dort et de l’eau qui jaillit, de la musique du vent et des éclats apaisants et surpuissants des flammes, de la chaleur de la terre. La poésie comme rêverie alchimique qui réalise dans le lecteur l’androgénie primordiale de l’animus et de l’anima, les deux penchants sexués de notre âme selon Jung. Moyen d’habiter le cosmos, de prendre part dans le tableau monde, et que nos yeux deviennent témoins d’autres regards que la poésie nous fait découvrir, yeux de la lumière réfléchie dans la prunelle d’un lac, des feuilles dansantes sous le vent. L’art est une multiplication de l’expérience du Voir.

Mes feuilles ce sont mes yeux, et je regarde émerveillé
De cent mille yeux je te contemple et je contemple Istanbul
Et mes feuilles battent et battent comme cent mille cœurs
Dans le jardin de Gülhane, voilà que je suis un noyer
Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.


Je suis tout imprégné de mer et sur ma tête écument les nuées
Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer
Un vieux noyer tout émondé, le corps couvert de cicatrices
Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer
Et tout mon feuillage frémit comme au fond de l’eau le poisson
Et comme des mouchoirs de soie, mes feuilles froissent leurs frissons
Arrache-les, ô mon amour, pour essuyer tes pleurs.
Or mes feuilles, ce sont mes mains, j’ai justement cent mille mains
De cent mille mains je te touche et je touche Istanbul
Mes feuilles ce sont mes yeux, et je regarde émerveillé
De cent mille yeux je te contemple et je contemple Istanbul
Et mes feuilles battent et battent comme cent mille coeurs

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer
Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.

Nazïm Hikmet

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Fernando ARRABAL, l’homme qui a connu l’homme!

Ce personnage est parmi nous! Fernando Arrabal réside à Paris depuis plusieurs décennies, y ayant côtoyé Morrison, Picasso, Ionesco, Dali, Beckett, Duchamps et cette liste ne finit jamais… Maître d’échecs, de théâtre, de savoirs et de réflexions…, auteur de centaines de livres de poésie, Arrabal dit tout et n’importe quoi avec talent et précision…! Subtilement! Subversivement?

 

Les comédiens de Talon Pourpre autour du maître

Les comédiens de Talon Pourpre autour du maître

Petit copié-collé de Wikipédia pour l’introduction de la fiche du monsieur!

Fernando Arrabal, né le 11 août 1932 à Melilla (Espagne), est un poète, romancier, essayiste, dramaturge et cinéaste espagnol.

Il vit en France depuis 1955, et est un « desterrado ».

Il a réalisé sept longs-métrages. Il a publié une centaine de pièces de théâtre, quatorze romans, huit cents livres de poésie, plusieurs essais et sa célèbre Lettre au général Franco du vivant du dictateur. Son théâtre complet est publié en de nombreuses langues (en deux volumes de plus de deux mille pages).

Il est cofondateur du mouvement Panique avec Roland Topor, Christian Zeimert et Alejandro Jodorowsky, et Transcendant satrape du Collège de ‘Pataphysique depuis 1990.

Ami d’Andy Warhol et de Tristan Tzara, il a passé trois années avec le groupe surréaliste d’André Breton. Le critique dramatique Mel Gussow (en) l’a considéré comme l’unique survivant des « quatre avatars de la modernité ».

« Un théâtre fou, brutal, clinquant, joyeusement provocateur. Un potlatch dramaturgique où la carcasse de nos sociétés « avancées » se trouve carbonisée sur la rampe festive d’une révolution permanente. Il hérite de la lucidité d’un Kafka et de l’humour d’un Jarry ; il s’apparente, dans sa violence, à Sade ou à Artaud. Mais il est sans doute le seul à avoir poussé la dérision aussi loin. Profondément politique et joyeusement ludique, révoltée et bohème, elle est le syndrome de notre siècle de barbelés et de goulags : une façon de se maintenir en sursis. »

— Dictionnaire des littératures, Éditions Bordas


C’est donc à Vesoul, au Thèv, en mars 2009, que Fernando Arrabal est venu voir la présentation de sa pièce Fando et Lis, par la compagnie parisienne Talon Pourpre, et qu’il donna une conférence sur cette même pièce y incluant la thématique espagnole, de Vesoul, de Besançon, de Victor Hugo…

Ainsi retrouvez ici ces deux écoutes :

  • la première étant la conférence de mars 2009 au Thèv de Vesoul :

  • la seconde intitulée « Arrabal parlera de n’importe quoi » est une conférence parisienne ou d’exhibition intellectuelle, assez savoureuse, à peu près de la même époque :


 

On termine notre salut au maître avec quelques vidéos de confrères ou passages télé… trop rares!

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