Archives pour l'étiquette cinéma

Black-out, les éditions noires et croustillantes !

LUMIÈRES sur LES éditions BLACK-OUT

avec son créateur : 

Fabrice Garcia-Carpintero !

"Photo par Serge"

« Photo par Serge » ;dé-cadrage 🙂

Màxim Pozor : Comment et à quelle époque est née Black-out ?

Fabrice Garcia-Carpintero : J’ai créé Black-out en 2006, pour avant tout partager mes écrits avec mes potentiels lecteurs, puis je me suis vite ouvert à d’autres auteurs, comme Christian Brissart par exemple, que j’édite depuis le début de l’aventure, au rythme d’un à deux titres par an. Ma première collection était centrée sur la nouvelle noire ;

aujourd’hui, la ligne éditoriale est toujours axée sur la littérature noire, mais déclinée sous de nombreuses formes (roman, théâtre, jeunesse, etc.).

 

Màxim Pozor : En es-tu l’initiateur ?

Fabrice Garcia-Carpintero : Oui, et je suis encore le seul à faire tourner la boutique, je sous-traite seulement les corrections qui me prennent trop de temps, et – évidemment – la création des couvertures, par des artistes comme Alexis Horellou, Léonie Charmot, Thomas Agnellet… ainsi que l’impression des exemplaires (bien qu’il m’arrive de créer certains titres en interne, notamment les tirages limités, numérotés) ; tout le reste : lecture/relecture/re-relecture, gestion des contrats, mise en page, design couverture, gestion du site internet, promotion, événementiel, diffusion, distribution, etc. est à ma charge, j’ai donc de nombreuses casquettes, et c’est en partie grâce à cela que j’apprécie vraiment mon métier, il faut être motivé et – par-dessus tout – passionné.

Màxim Pozor : Comme nous avons eu connaissance de Black-out avec Richard, peux-tu illustrer ton travail avec un auteur en racontant le votre ?

Fabrice Garcia-Carpintero : C’est simple, mais tout peut varier d’un auteur à un autre, par exemple, pour Christian Brissart, notre collaboration est issue d’une rencontre lors d’une scène ouverte Slam, je me suis rapidement intéressé à ses textes déclamés, et il m’a alors sollicité avec un recueil de nouvelles noires qui correspondait parfaitement à cette fameuse collection qui a initié la maison d’édition. Dans un autre exemple, et pour reprendre ce que j’ai énuméré plus haut : un manuscrit est proposé, par mail ou courrier, je m’attache d’abord à la présentation – le synopsis – du livre et le CV de l’auteur… Pour Richard Palachak, j’avoue que le parcours professionnel a suscité ma curiosité… Le sujet et la forme aussi, des nouvelles noires, encore. Après lecture des premières pages, je me suis dit qu’il s’agissait d’un auteur potentiel pour Black-out. Ont suivi : la proposition d’un contrat à compte d’éditeur (c’est toujours le cas chez Black-out), la demande de subvention pour parution au Conseil Régional de Nouvelle Aquitaine (subvention accordée, gage de la qualité de l’ouvrage), les relectures par le correcteur, la création de la couverture par Alexis Horellou, l’illustration des nouvelles par les photos de Simon Woolf pour coller à la présentation générale de la collection, et après validation de l’auteur, l’impression. Puis la vie du livre se poursuit, en salon, en dédicace, en librairie, sur internet, etc.

"Imposteurs" ou comment les éditions passent à la production audiovisuelle, via  Kervarec’h (auteur, entre autres, du thriller médiéval "Le Chevalier oublié").

« Imposteurs » ou comment les éditions passent à la production audiovisuelle, via Kervarec’h (auteur, entre autres, du thriller médiéval « Le Chevalier oublié »).

Màxim Pozor : Est-ce similaire avec les autres auteurs de l’écurie ?

Fabrice Garcia-Carpintero : C’est toujours variable, certains sont venus à ma rencontre sur des salons, d’autres m’ont proposé seulement des ébauches de projet, qui m’ont semblé suffisamment intéressantes pour être menées intégralement, et nous les avons alors travaillées ensemble… Il m’arrive aussi d’adapter certains livres au théâtre ou au cinéma et inversement, de trouver une pièce géniale et de l’éditer ensuite.

Màxim Pozor : Peux-tu nous indiquer d’autres auteurs ou un détail sur chacun de « tes poulains »?

Fabrice Garcia-Carpintero : C’est compliqué car ils sont nombreux, je donnerai quelques exemples en plus des deux cités précédemment :

 

* Alexandre Josse, auteur de théâtre, directeur du théâtre des Gavroches à Brive-La-Gaillarde, dont j’ai édité trois pièces et pour qui j’ai produit une captation, celle de sa pièce « L’Odyssée d’Al ». Son dernier titre est « Rutabaga, poils de chat et barbe à papa… », c’est le deuxième titre de ma collection jeunesse « Jeune Frisson ». Alexandre était, il y a peu, à la foire du livre de Brive pour présenter sa dernière parution.

 

* Charlotte Clémandot est l’auteure de « L’or maudit des Rocheuses », premier titre de la collection « Jeune Frisson », illustré par Fabrice Couvidoux, un western fantastique et féministe sous la forme du journal intime d’une jeune fille de 12 ans, obligée de suivre son père et la ruée vers l’or, depuis Chicago jusqu’au pied des Rocheuses…

* Kervarec’h, auteur de thrillers historiques : un titre médiéval « Le chevalier oublié » et un titre historico-fantastico-steampunk « Imposteurs » en cours d’adaptation sous forme de série cinéma, pour plus d’informations rendez-vous ici : https://fr.tipeee.com/imposteurs

 

* Marc Bruimaud, auteur du recueil de nouvelles « Ici » paru dernièrement, et du « Cycle de Catalpa »,genre de série noire américaine de 7 tomes, dont les deux premiers sont sortis : « Tijuana » et « Catalpa », le prochain, intitulé « Loin de Tijuana », devrait paraître début 2019.

 

* Maxime Sodji, chirurgien, auteur de pièces de théâtre en collaboration avec ses patients, dans le cadre d’ateliers de théâtrothérapie. J’ai édité et produit sa pièce « Dame Ô », sur l’obésité, la grossophobie, une pièce primée : meilleur projet participatif français 2014, prix de santé publique CPAM, mention spéciale au prix « Talent de Patient » ; sa seconde pièce, « Petit clandestin en mère », sur le déni de grossesse, est à paraître courant 2019, elle est également en cours de production.

 

* Pierre Frémont, auteur de polars régionaux, seul auteur régionaliste de la maison d’édition, il était édité auparavant au « Bruit des autres » qui a fermé boutique il y a deux ans, j’ai alors accepté, avec grand plaisir, de diffuser et distribuer ses livres, notre collaboration s’est confirmée avec son dernier titre paru chez Black-out : « Fille de joie pour fils de pute », un polar dans le milieu du proxénétisme limougeaud.

Et il y en a encore beaucoup d’autres, tout aussi méritants… La maison d’édition compte aujourd’hui une cinquantaine de titres avec un rythme de 6 à 8 titres par an…

MERCI !

Màxim Pozor : MERCI !

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Le montage cinéma, la pure subversion.

Soyons fous c’est la rentrée, jouons les intellos !

Seigneurs et Nouvelles Créatures

de Jim Morrison

Les Seigneurs nous apaisent avec des images. Ils nous donnent des livres, des concerts, des galeries, des théâtres, des cinémas, surtout des cinémas. A travers l’art, ils nous troublent et nous rendent aveugles à notre esclavage. 

 

L’art décore les murs de nos prisons et nous gardent silencieux, divertis et indifférents.

Peu le savent, mais le chanteur du groupe THE DOORS a fait des études de cinéma en 1964 à l’UCLA, le tout à la suite de cours  sur la « philosophie de la contestation », qui lui permet d’étudier MontaigneJean-Jacques RousseauDavid HumeJean-Paul Sartre et Friedrich Nietzsche ; 

d’autre part, un cours sur la « psychologie des foules » inspiré de l’ouvrage de Gustave Le Bon « La Psychologie des foules ». Pendant l’été 1963, Jim Morrison s’inscrit à un cours d’histoire médiévale européenne. Pendant l’automne 1964, poursuivant son cursus de cinéma, il prend des notes sur les techniques cinématographiques, sur l’histoire du cinéma et sur les réflexions philosophiques que ce média lui inspire. Ces notes, remaniées, ordonnées et compilées sous forme de brefs aphorismes, deviendront le premier « recueil » publié par Morrison (« The Lords. Notes On The Vision », publié à compte d’auteur en 1969).

Pochoir représentant Jim Morrison, à Rosario, en Argentine.

Morrison consacre le premier semestre 1965 à tourner et à monter le film qu’il lui faut réaliser pour obtenir son diplôme. Son travail se solde malheureusement par une déception : il n’obtient son diplôme, en juin, qu’avec un médiocre « D ». Pourtant, ce résultat ne l’affecte guère : depuis le printemps, Morrison évalue les divers moyens dont il pourrait user pour toucher le public. Peut-être poursuit-il sa réflexion sur la psychologie des foules et sur la possibilité d’organiser de gigantesques séances de thérapie collective. Le cinéma lui apparaissait sans doute comme le moyen idéal mais, au début de l’été 1965, une autre idée se fait jour dans son esprit : la fondation d’un groupe de rock.

Dans sa production littéraire plutôt poétique, attirons l’attention sur cet ouvrage très critique à l’encontre du cinéma : spectateur assis dans le noir, écran géant, « décapitation », Calilgula… autant de thèmes chers à Stanley Kubrick pour « A Clockwork Orange » (d’A. Burgess). Morrison ou Kubrick pour se rendre compte à quel point la littérature influence le septième art.

Tout jeu contient l’idée de mort.

Les seigneurs : notes sur la vision (the lords : notes on vision), 1969 – Jim Morrison

L’attrait du cinéma se trouve dans la peur de la mort.

Les seigneurs : notes sur la vision (the lords : notes on vision), 1969 – Jim Morrison

Tout film est dépendant des autres films et y renvoie. Le cinéma etait une innovation, un jeu scientifique jusqu’à ce qu’un nombre suffisant d’œuvres ait été amassé, assez pour créer un autre monde intermittent, une mytheologie puissante et infinie dans laquelle plonger à volonté.

Les seigneurs : notes sur la vision (the lords : notes on vision), 1969 – Jim Morrison

Tu peux jouir de la vie de loin. Tu peux regarder les choses mais ne pas les goûter. Tu peux caresser la mère seulement des yeux.

Les seigneurs : notes sur la vision (the lords : notes on vision), 1969 – Jim Morrison

Il est faux de penser que l’art ait besoin d’un spectateur pour être. Le film continue même sans yeux. Le spectateur ne peut exister sans le film. Qui assure son existence.

Seigneurs et Nouvelles Créatures, éd. 10-18 (ISBN 2-264-00861-X), p. 133 ( – It is wrong to assume that art needs the spectator in order to be. The film runs on whithout any eyes. The spectator cannot exist whithout it. It insures his existence. – Jim Morrison

Caligula souhaitait un cou unique pour tous ses sujets afin qu’il puisse décapiter un royaume d’un seul geste. Le cinéma est cet agent transformateur. Le corps n’existe que pour les yeux, il devient une tige sèche qui porte ces deux joyaux mous et insatiables.

Seigneurs et Nouvelles Créatures, éd. 10-18 (ISBN 2-264-00861-X), p. 90 – Caligula wished a single neck for all his subjects that he could behead a kingdom with one blow. Cinema is this transforming agent. The body exists for the sake of the eyes; it becomes a dry stalk to support these two soft insatiable jewels. – Jim Morrison

La division des hommes en acteurs et spectateurs est le fait central de notre temps.

Seigneurs et Nouvelles Créatures, éd. 10-18 (ISBN 2-264-00861-X), p. 76 – The cleavage of men into actor and spectators is the central fact of our time – Jim Morrison

S’il nous a fait groover avec ses acolytes Krieger, Densmore et Manzarek,  il n’y a pas que musicalement, il y avait chez Morrison volonté de le faire aussi pour nos méninges et nos neurones !  Ses investigations personnelles sur Nietzsche ou l’Antiquité et ses explorations intérieures vers les natifs américains (versus « le clan » WASP) et la transe chamanique (versus la manipulation sociétale) peuvent toujours trouver preneur vers qui s’intéresse à l’Esprit humain.  

Bref les travaux du poète sur les foules, son film d’étudiant, voilà qui fait un lien vers les noms du montage classique, connoté, au service des totalitarismes, dont aurais pu traiter cet article : Leni Riefenstahl ou Sergueï Eisenstein. Présentons-en 2 évidences bien connues, pour le reste je vous laisse faire le job sur les histoires de ces films.

Enfin et ainsi notre coup de cœur va vers Dziga Vertov (pseudo voulant dire « toupie tournante » en slave !), véritable monteur accompli ! « L’homme à la caméra » reste un exemple dans cet art complexe et majeur de la discipline plus que centenaire dite du Septième Art.

Conclusion à Jim Morrison : 

No One Here Gets Out Alive.

 

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Le cinéma syrien de Mohammad Malas

C’était une rencontre à Vesoul, terre de cinémas d’Asie. Ici l’Asie est Mineure, Proche Orientale, pour ne pas dire au bord de notre monde devenu fou…

« Quand j’étais enfant, je sentais que c’est la rue qui faisait la politique,  les événements, désormais la rue est  absente de la politique… »  [M. Malas]

Entendez politique dans son sens premier, à la Aristote, comme la vie publique et de la cité. Syrie comme Turquie, Iraq ou Iran, nous touchons là au berceau de la civilisation. Ces dernières trop longues années de guerre ne nous font pas oublier que cet endroit inventa l’écriture, l’agriculture, la sédentarisation ; toutes ces données jettent les bases de notre modernité.

Nada Azhari Gillon, journaliste et traductrice, Mohammad Malas à gauche, 01/02/2018 / Crédit photo : Màxim Pozor.

Rencontrons donc ce monsieur de 70 ans passés pour parler du respect des aînés, des similitudes et différences avec la République Islamique d’Iran dans le cinéma, de cet hommage qui lui est offert par ici. Le lecteur ci-dessous vous permet d’écouter cet entretien bilingue, franco-arabe, de 18 minutes, réalisé le 1er février 2018 au cinéma Le Majestic.

Dans un entretien de 2005, M. Malas explique qu’il est devenu réalisateur en 1974 tant par hasard que par nécessité « porté par un profond sentiment de solitude et d’exil », alors qu’il aspirait plutôt à la vie d’un homme de lettres.

Dédicace et mot de rencontre de M. Malas. 1er février 2018 /                                              Crédit photo : Màxim Pozor

M. Malas lors de la cérémonie d’ouverture du FICA 2018 a reçu un Cyclo d’or d’honneur, tout comme Wang Xiaoshuai. Lisez ci-dessous le texte de la journaliste du site Al Jazeera Document publié dans le catalogue du festival. 

Mohamad Malas, la mémoire et la vie

En 1984, le public international a découvert le cinéma syrien avec Les Rêves de la ville, chef-d’oeuvre du cinéma arabe1. La ville est Damas. Le rêveur est un adolescent, dont le parcours est semblable à celui du réalisateur. Ce dernier, à la mort de son père, migre à Damas depuis sa ville natale du Golan : Quneitra. Pour la mère et ses enfants commence une nouvelle vie dans une capitale offrant de vastes possibilités. Le jeune homme est le témoin de la Syrie des années cinquante, seule période démocratique de sa longue histoire. Comme d’autres films de Mohamad Malas, Les Rêves de la ville est basé sur des faits réels et montre le poids de l’Histoire sur la vie et l’imaginaire, dans un langage cinématographique puissant et poétique.
 
Mohamad Malas nourrit la mémoire collective à partir de ses souvenirs personnels. Sa ville natale est présente dans plusieurs de ses oeuvres. Il montre sa destruction au départ des troupes d’occupation israéliennes dans Quneitra 74 (1974) et la fait revivre par le truchement du cinéma dans La Nuit (1992). Le cinéma est pour lui à la fois une patrie et un foyer. Par le biais de son art, il prolonge la mémoire personnelle et transmet un univers intime : « Je parle de ce qui est perdu, de ce que je ne trouve plus dans la vie. Alors je le ressuscite par le biais du cinéma, en cherchant son espace intime ».
Si Les Rêves de la ville ressuscite la période oubliée des années cinquante, son second long-métrage, La Nuit, restitue des lieux qui n’existent plus, en suivant un jeune homme qui retrace le parcours de son père. Ce dernier, natif de Hama, part vivre à Quneitra, puis combat en Palestine en 1936, avant d’être tué lors de la défaite de 1967. Le film est une métaphore de l’humiliation d’un pays aux défaites répétées.
Outre ces films, Mohamad Malas a réalisé trois autres longs-métrages. La Porte du sanctuaire (sorti sous le titre Passion en France, 2005) est l’adaptation d’un fait divers concernant une jeune femme victime d’un « crime d’honneur ». Suivent Al-Mahd (L’Origine, 2008) et Une échelle pour Damas (2013), qui a pour toile de fond l’insurrection syrienne du printemps 2011. De jeunes Syriens, artistes et étudiants, vivent dans une maison dont la terrasse domine les vieux quartiers : « Ce film montre une ville fantasmée, très loin de celle que nous connaissons aujourd’hui, Damas telle que je l’ai connue et où j’ai vécu. Le film est comme une échelle pour atteindre Damas, à partir de cette terrasse où l’on reprendrait possession de la ville ».
La difficulté de produire des films peu conformes à l’idéologie officielle en Syrie a empêché Mohamad Malas de réaliser plus de cinq longs métrages. Il a cependant pu réaliser de nombreux courts et moyens métrages, dont huit seront projetés au FICA, parmi lesquels Le Rêve (1987), sur la mémoire et l’imaginaire des réfugiés palestiniens, et Halab maqâmât al-masarra (Sabri Mudallal, le semeur de voix, 1998), sur le maître du chant traditionnel Sabri al-Mudallal, où se retrouvent les thématiques de la mémoire et de l’attachement intime à un monde perdu.
Hantés par un profond sentiment de nostalgie, tous les films de Mohamad Malas sont frappés du coin de la déception, de l’attente et des rêves brisés.

Nada Azhari Gillon

1 Classé 6ème plus beau film arabe de tous les temps, selon la liste établie en 2013 par un comité de cinéastes et critiques arabes à l’occasion du festival de Dubaï

Enfin, retrouvez ici une galerie photos de l’exposition « Je suis de là, je suis d’Alep » de Z. Abdelkafi, en cours à la chapelle de l’Hôtel de ville de Vesoul, associée à ce regard porté sur la Syrie du moment.

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De la Mongolie sur Radio Mongol I’ !

Voici la photo de l’annonce du FICA et du focus sur la Mongolie, affichée en plein centre d’Oulan-Bator (avenue de la Paix), devant l’Ambassade de France.

C’est l’une des sections du 24ème FICA de Vesoul, Regard sur le cinéma de Mongolie : Passé – Présent.

Le Fils de Mongolie d’Iliya Trauberg (1936)

Le montage d’une yourte mongole, la projection de 16 films entre 1935 et 2010, choisis sur environ 235 visionnés, sur 400 conservés dans le pays. Il y aura des inédits hors Mongolie, des films restaurés ou numérisés grâce au financement de l’Ambassade de France en Mongolie. Le pays qui adhéra très vite au régime de l’URSS sans en faire partie a bénéficié dès les années 1930 de la force de frappe technique cinématographique de la Russie. Les premiers films proposés en sont empreints.

Le Chemin de Norjmaa de Natsagdorj Tumur (1938)

Bastian Meiresonne, cheville ouvrière du FICA, a travaillé durant un an cette programmation. En partenariat avec Mongol Kino (agence et studio d’Etat), Bastian recevant pour sa tâche  la rare distinction « équivalente des Arts et Lettres en France » par la Mongolie.

Traces d’une existence (AMIN MUR), 1991, de Jigjidsuren Gombojav

Jigjidsuren de son prénom Gombojav de son nom, aux allures islandaises, est la référence, et clé de voûte de cette sélection. Ce réalisateur bel et bien mongol sera présent, pour la projection prévue de 3 films de 1990-91 : Larmes de stèle, Ruines tièdes et Traces d’une existence. La seconde œuvre est d’ailleurs le coup de cœur sans conteste de notre directeur artistique belge responsable de la venue du cinéaste figurant parmi ses artistes préférés. Cet opus imaginé par un poète, Ruines tièdes, nous parle d’un monde post-apocalyptique, où après un cataclysme subsistent seuls trois êtres humains : un père et ses deux filles. La question de la survie de l’espèce passerait par l’inceste, une voie philosophique angoissante et immorale qui ne cesse d’interroger le programmateur, avec une issue non dévoilée. Bref, c’est bien un belge qui incite Vesoul à la fantaisie, l’ouverture et l’art, clin d’œil au Grand Jacques en passant. Il l’affirme « chaque décennie et genre sont représentés » lors de ce Regard sur le cinéma de Mongolie.

Ruines tièdes (BULEEN NURAM), 1990, de Jigjidsuren Gombojav

Outre la présence d’intervenants et spécialistes de cette terre étonnante de cinémas, il y  aura une chanteuse et interprète, Myagmarsuren B. pratiquant le lyrique comme la pop et forte de 8 albums depuis 2003 seulement.
Cette fois encore, votre cœur battra pour la Chine ou encore la Syrie à l’honneur sur ce FICA, mais le pays de Gengis Khan vous ravira, du moins à travers la toile, avec quelques films exceptionnels sur la lutte (Garid Magnai / L’Aigle fier, le lutteur, 1983),

L’Aigle fier, le lutteur (GARID MAGNAI) de Buntar Jamiyan

l’urbanisation comique d’Harmonica (1963) en première internationale, ou Khusel Shunal / Passion documentaire de 2010 affranchi de Mongol Kino à ne pas manquer.

Film de la section Regard sur le cinéma de Mongolie-Harmonica-Aman Khuur – 1963 – de J Bayandelger

Toute cette présentation est réalisée par Màxim Pozor en reportage audio en écoute ici, d’une durée de 36 minutes, avec Bastian et Jean-Marc Thérouanne récemment interrogés. Vous y trouverai en fond sonore la chanteuse interprète Myagmarsuren B.

 

 

Le photographe Zakaria Abdelkafi lors du vernissage de l’exposition de Vesoul « Je suis de là, je suis d’Alep » © France 3 / Culturebox

En fin d’écoute, nos deux compères nous livre leurs coups de cœur à 8 jours de l’ouverture du cru 2018 sur l’ensemble du festival (90 films) en patience de la prochaine publication qui évoquera deux autres axes explorés : la Syrie du cinéaste M. Malas et du photographe Z. Abdelkafi,et les Paroles de femmes (29 productions avec notamment The Lady de Luc Besson ou Quand une femme monte l’escalier, japonais de 1960). Avec la Syrie, par son passé, son rayonnement, la présence française (1919-47) et la francophonie subsistante, Jean-Marc, avisé, nous suggère son goût pour Les Rêves de la ville, qui narre l’histoire d’un enfant à Damas en 1984, découvrant le monde urbain dans ce pays inventeur de la cité il y a près de 5000 ans.

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Le cinéma iranien… à Vesoul ! Et la relation Iran/France… partie 1.

Le cinéma iranien est un sujet vaste, enivrant, authentique, délicat et onirique. J’ai eu la chance de rencontrer à l’occasion du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul quelques-uns de ses meilleurs représentants, réalisateurs, comédiens… Ainsi, légitimement, ce sujet me tenait à cœur de produire.

Pour comprendre la vision iranienne, il est bon de rappeler quelques faits : après la haute-Antiquité glorieuse de la Perse, l’état iranien est devenu islamique très tôt, puis la montée de la colère populaire et une demande de réforme mènent le pays à la Révolution constitutionnelle persane de 1906. L’Iran devient le premier pays moyen-oriental à faire une révolution et à se doter d’une constitution. Puis c’est en 1979 qu’a lieu la chute du Sha d’Iran (véritable empereur du pays), poussé vers la sortie par les américains, laissant place aux théologiens, les premiers à rétablir l’ordre dans le pays, avec l’aide des comités locaux connus sous le nom de Gardiens de la Révolution. Un autre fait marquant sera la guerre Iran/Irak dans les années 1980, marquant pour ces paroles retransmises ici.

 Ainsi, je vais dresser ce portrait de poésie cinématographique, de lutte engagée, de culture perse en commençant par la liste de ces personnes rencontrées :

on commencera par une exception, Hamid Nassiri est poète, rencontré lors de sa mise sous surveillance, à résidence, par l’équipe Sarkozy au Ministère de l’Intérieur, car dissident du régime iranien… en 2007. A Auvers-Sur-Oise, un gouvernement dissident, contestant le pouvoir en place en Iran est établit et dirigé par une femme : le Conseil National de Résistance iranienne.

Un article d’Iran Focus en rend compte sur ce lien.

Le poète venait également présenter au Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul en février 2007 son recueil franco-arabe « L’accent de l’eau ». Il était accompagné de Martine Sylvain, élue à cette époque pour le Parti Socialiste et représentante de la Ligue des droits de l’homme. Son assignation à résidence en France était le sujet principal de cet entretien de 35 minutes en écoute ici.

Petite biographie :
Hamid Nassiri est né à Ghazvin (Iran) en 1958. Il a passé ses études primaires et secondaires dans cette ville puis à Téhéran, et a obtenu son baccalauréat scientifique option mathématiques. Dès cette époque, il se familiarise avec la littérature et la poésie contemporaines, au sein d’une famille politisée. Ses poésies étaient engagées. Quelques-unes de celles-ci et quelques écrits furent publiés dans la revue  » le Keyhan des enfants  » ainsi que dans le quotidien  » Etela’at  » avant la révolution iranienne. Alors qu’il n’avait pas plus de 17 ans, deux de ses poésies ont été adaptées par des chanteurs. Après la révolution anti-monarchique, il quitte l’Iran pour la France. Ce voyage dure ainsi depuis 26 ans (en 2006), à cause de la dictature des mollahs, laquelle le poursuit. Certains membres de sa famille sont en prison. Une répression impitoyable frappe l’Iran depuis l’avènement de la dictature religieuse des mollahs. Hamid rejoint alors la résistance iranienne, avec pour objectif de contribuer à l’instauration de la démocratie en Iran. Depuis, il a écrit des centaines d’articles, des reportages sociaux et politiques, des essais, des poésies, des spectacles et des satires publiés par la presse iranienne en exil. Certaines de ces poésies ont été adaptées par les plus grands compositeurs iraniens et chantées par les meilleurs chanteurs du pays. Exilé dans l’Exil, Hamid, de son vrai nom Emamgholi, fut assigné à résidence à Vesoul, après la fameuse rafle contre l’opposition iranienne en France en juin 2003. La justice lui donnera raison après plus de dix mois sous la menace d’expulsion. De cet exil de Vesoul, il revient encore plus déterminé à poursuivre son combat pacifique avec dans le coeur l’amitié des amis qui l’ont soutenu dans ce coin de la France. Deux de ses recueils de poésies ont déjà été publiés en persan.  » L’accent de l’eau  » est son premier recueil de poésie publié en Français.

Le premier rencontré en 2004, est probablement celui qui a ouvert la voie avec son style appelé le « Scorcese d’Iran », Jafar Panahi. Celui-ci présentait son quatrième long-métrage Sang et Or (طلای سرخ, Talāye sorkh). Il a depuis gagné nombreux prix internationaux, s’est retrouvé enfermé en prison en 2010 en Iran. Je n’ai pas eu l’occasion de m’entretenir en 2004 avec lui.

Une très belle biographie est à retrouver sur cet excellent média : cinéma d’Iran!

Par contre en 2004, Abolzfaz Jalili (en persan : ابوالفضل جلیلی), rencontré par mes soins avec l’aide d’un traducteur que je remercie encore, Pedram, parle de son onzième long-métrage en tant que réalisateur, ABJAD, sorte de fresque de son pays suivant l’histoire d’un enfant devenant homme, à travers l’histoire récente évoquée du pays.

Ici un entretien de 25 minutes est à entendre, le réalisateur remporta le Cyclo d’Or du festival, cette séquence étant prise à chaud, au sortir de la projection.

 


Et puis j’ai connu nombreuses femmes, artistes iraniennes, à qui je voudrais rendre spécialement hommage … mais ce sera la suite à venir très vite… ainsi qu’un hommage à une famille géniale : Makhmalbaf. A très vite !

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