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Le moustachu.

Voici pour moi, venue l’heure de vous parler d’un moustachu, mais pas d’un hipster qui, à court d’imagination, n’a d’autre choix que de puiser dans le passé des idées périmées, pour mettre en avant un style qu’il est convaincu d’avoir inventé. Le revival des chemises canadiennes, des baskets flashys montantes et donc de la moustache, est l’aveu d’une impossibilité de création.Quand on a pas de talent, on se sert chez les autres, ou on déterre quelque chose que l’on pense oublié, mais, amis mongols, il s’en trouvera toujours parmi nous pour veiller au grain. Cette moustache là,  fut adoptée en 1967, c’est à dire, quand les parents des dits hipsters n’étaient même pas encore, ni dans la tête, ni dans les burnes de leurs propres géniteurs. C’est la moustache d’un guérillero, d’un pourfendeur du système, celle d’un gars qui un jour, plutôt que de choisir entre l’épée et la plume, a pris un raccourci et a décidé d’écrire avec son glaive.

Après la sortie d’un disque-hommage, laissez moi vous parler de celui qui naquit sous le nom de Tenenbaum, évolua avec celui de Laroche et éclata à la gueule de la France avec le nom de Ferrat, Jean Ferrat.


LIEN : l’ELOGE DU CELIBAT.

 

Ferrat, c’était l’empêcheur de tourner en rond, connu pour ses textes poétiques, son amitié avec Aragon, et ses saillies verbales, couronnées régulièrement de censure. Ce qui n’est plus guère arrivé de nos jours, sauf pour quelques rappeurs un peu trop usagers d’images explicites concernant la justice ou les choix professionnels des mères de nombre de policiers.

 

 

Ferrat, la censure, il se la mangeait violemment en sortant un titre, en pleine période de réconciliation Franco-Allemande, en 1963. Ce qui est révélateur, ce n’est pas que l’ORTF déconseille la diffusion du titre « Nuit et Brouillard », c’est que le public ne suive pas aveuglément les « conseils » de certains dirigeants, mais au contraire plébiscite la chanson, qui vaut à Jean Ferrat, le prix de l’Académie Charles-Cros (qui récompensera plus tard, notre parrain virtuel, HF. Thiéfaine, pour son album « La tentation du bonheur », en 1996).
Ce désaveu du public pour la campagne de diversion audiovisuelle concernant la Shoah, à mon sens nous prouve deux choses, que les français, n’ont pas besoin des hautes sphères pour se forger une critique et une conscience culturelle, et qu’à peine 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le peuple français ne se sentait aucunement responsable des agissement de l’occupant, même s’il fut secondé par le gouvernement de Vichy.

 

 

En 1965, dans l’émission « Têtes de bois », ce qui devait être le « Taratata » de l’époque, avant que Ferrat ne chante « Potemkine », le directeur d’antenne, très ami avec C. de Gaulle, refuse et demande à l’auteur-interprète de produire un autre titre. Jean Ferrat refuse, et quitte le plateau. Les télévisions remettent le couvert, trois semaines plus tard, cette fois-ci lors de l’émission « Télédimanche ». Georges Guétary remplacera Jean Ferrat, qui aura encore refusé de chanter une autre chanson.

 

 

Après un voyage très maquant à Cuba, Jean Ferrat revient avec cette moustache définitivement sienne, et un disque, « Ma France ». En 1969, le titre éponyme, est une déclaration d’amour à la France, celle qui « répond toujours du nom de Robespierre ». Dans celle-ci, il s’attaque aux gouvernants (« Cet air de liberté dont vous usurpez aujourd’hui le prestige »), ce qui entraîne son interdiction d’antenne, la chanson jugée trop politique. Ferrat refusera de passer à la télé sans elle et patientera deux ans. C’est Yves Mourousi qui l’autorisera, rompant la censure, en 1971.

 

 

Plus tard, sur Antenne 2, lors de l’enregistrement d’une émission de Jacques Chancel, Jean Ferrat interprète « Un air de liberté ». La performance de Jean, disparaîtra de l’émission, lors de sa diffusion. La direction de la chaîne a cédé à Jean d’Ormesson, alors directeur du Figaro, qui s’estime diffamé. Ferrat s’explique: « Je n’ai rien contre lui, contre l’homme privé. Mais c’est ce qu’il représente, (…) la presse de la grande bourgeoisie qui a toujours soutenu les guerres coloniales, que je vise à travers M. d’Ormesson ». Finalement le chanteur obtient de lire une déclaration préalable expliquant pourquoi l’émission est tronquée.

 

 

Voilà ce qu’il nous manque peut-être, de la poésie, de l’engagement profond, bref, l’artiste lucide. Et ce n’est pas dans ce qu’on nous sert à l’heure qu’il est, aux moyens de médias surannés comme la radio, ou vomitifs comme la télévision, qu’on trouvera de quoi se rassasier, nous autres mongols, qui avons toujours faim de justice et d’idéal.

 

 

 

LA JEUNESSE (par Ertzin)

« La jeunesse, en France, on ne l’admire que chez les vieillards.

Il n’y a d’ailleurs que là qu’elle soit admirable. »

Maurice Martin du Gard.

Il y a deux millions d’années, les jeunes avaient déjà des problèmes. A l’époque, être jeune, ça voulait dire avoir entre sept et dix ans, et il n’y a avait pas d’atelier gommettes à la maternelle, de toute façon, il n’y avait pas d’écoles. Les occupations étaient bien différentes de celles d’aujourd’hui, ils allaient à la chasse, fabriquaient leurs armes, passaient des nuits blanches devant un feu, mais pas pour jouer de la guitare, simplement pour le garder allumé, ils essaient de pas se faire croquer par un ours quand ils allaient ramasser des champignons, la jeunesse était une lutte permanente, s’ils voulaient mourir de vieillesse à quarante ans.

Plus tard, plus proche de nous, certains usaient leur jeunesse dans les cultures, avec le bétail, grappiller quelque récoltes, et permettre à leur famille d’être en mesure de payer l’impôt à je ne sais quel seigneur qui en retour leur promet une protection toute relative. Pour d’autres, en revanche, ceux qui vivaient à la cour dudit seigneur, la jeunesse avait un autre goût. Les tables bien garnies, les nourrices attentionnées, les maîtres d’armes, la musique et la lecture leur permettaient de se construire une culture, chose qui au moyen-âge, n’était possible que si l’on rentrait dans les ordres ou si l’on était noble.

Au fil du temps, l’amélioration du confort, les progrès de la médecine, l’allongement de la durée de vie changent irrémédiablement, les rêves, les objectifs, et la définition même de la jeunesse. Souvent sollicitée pour sa disponibilité et sa vitalité, elle a de nombreuses fois contribué à gonfler les rangs de nos armées, quand il s’agissait de repousser l’envahisseur, qui se trouvait être bien souvent le même. Et, elle en a mangé du plomb, la jeunesse. Et après, c’est ce qu’il en restait qui reconstruisait le pays. Bref, la jeunesse a toujours été plus ou moins occupée et constructive.

Seulement, depuis quelques années, on n’a plus trop cette impression.

« On ne sait plus aujourd’hui à qui faire la guerre,

ça brise le moral de la génération. »

Jean Ferrat.